
Robert Bringhurst est né en 1946 à Los Angeles. Il vit depuis 1973 au Canada, en Colombie-Britannique. Le lien avec le territoire qu’il habite, manifesté par l’étude intensive de ses langues, de sa faune, de sa flore et de ses minéraux, informe son travail poétique et, plus largement, son œuvre polymorphe tout entière. Le mythe lui est un véhicule privilégié pour revenir, à travers les âges, à la réalité de la relation et du dialogue entre l’homme et son environnement. Cette quête l’a conduit à apprendre les langues des peuples Navajo et surtout Haïda. La culture, à ses yeux, ne peut être affaire de patrimoine génétique, le poème étant un organisme vivant et mutant pour lequel le poète travaille en mécanicien, en charpentier, en architecte, voire en botaniste.
Extrait
La lune comme un lapin se faufile de nuage en nuage.
Dans le noir, on ne voit pas les enterrements.
La lumière – qu’importe qu’il nous en soit donné
peu ou prou – se déverse sur nos joues,
encore qu’une portion en soit chaque jour
mangée par nos yeux, pour nourrir les fruits
immangeables de nos voix.
Quoi qu’il en soit, cette lune, là-haut,
m’effraie. Il y a des jours où elle est sacerdotale. Il me semble
qu’elle pourrait, un jour, n’importe quel jour, me rendre visite,
sous la forme d’un garçon.
Les dieux et les étoiles ont tous pris leur envol.
Quelqu’un croit-il vraiment qu’il subsiste ici
quelque chose ? Toi aussi, tu t’en vas, j’imagine,
n’est-ce pas ? Déjà ?