Cahiers de Grenade, Vacances romaines, Changer de sens… Grand déambulateur, Jan Baetens a consacré plusieurs recueils de poésie à des villes, dans des registres chaque fois différents car il déteste écrire deux fois le même livre.
Bulletin du Touring Club en apporte une nouvelle preuve. Les poèmes de ce volume ne sont pas exactement des instantanés de voyage. D’Amsterdam à Zamora, ils revisitent par la pensée une soixantaine de lieux (villes, musées, quais de gare, chambres d’hôtel…) en s’attachant à la trace émotionnelle qu’ils ont laissée dans la mémoire de l’auteur et à la manière dont elle résonne encore dans son présent. Ces réminiscences, chaque lecteur pourra les faire siennes. Au bas d’un poème consacré à Pesaro, une note malicieuse commente : « Mettez Rimini si cela vous chante » ; ou le nom qu’il vous plaira.
Une suite de cartes postales anonymes accompagne les textes sans les illustrer. Elles suggèrent combien, lorsqu’on voyage, certains paysages peuvent se charger d’étrangeté en raison même de leur banalité apparente.
Et comme il sied à tout bon guide, un index des lieux conclut le volume.
Extrait
Idylle urbaine
Je te dirai, voyageur, pour te dispenser des voyages,
comment distinguer la ville idéale.
Elle mesure 67,5 × 239,5 cm
et sa place centrale est souvent vide.
Ses habitants ne sont que des personnages.
On y arrive sans détour méritant ni étoilé,
c’est la ville où l’on peut vivre dix siècles
sans rien de remarquable à retenir.
Les rues y conduisent toutes vers elles-mêmes,
naissant, disparaissant sous le pas.
La diversion y serait une erreur,
mais il n’y a pas d’erreur possible.
Ville pareille à une phrase,
Bien ronde, bien pleine et partant faite comme il faut.