Dans Meuse fleuve nord, Serge Delaive épouse le cours du fleuve comme on suit une ligne de vie, de faille et de mémoire. Depuis les sources jusqu’aux terres basses, entre Liège, Sedan, Maastricht et Rotterdam, le poème traverse paysages industriels, villes mélancoliques, enfances en ruine, errances nocturnes et visions intérieures. Le fleuve devient ici une matière mentale, une géographie intime où se mêlent le corps, le temps et le langage. Dans une longue phrase incantatoire, ample et hypnotique, l’auteur fait de la Meuse une figure du destin, de la perte et de la persistance. Chaque détour du courant ouvre une méditation sur ce qui demeure malgré l’effacement des êtres, des lieux et des souvenirs. À travers cette traversée physique et intérieure, l’écriture épouse les remous du monde contemporain autant que ceux de la conscience.
Un texte habité, traversé d’ombres, de visions et d’éclats, où la poésie avance comme l’eau : obstinée, fluide, insoumise.