• Auteur(s): Daniel Charneux
  • Éditeur: M.E.O.
  • Genre: Roman
  • Format: 14 x 21 cm
  • Nombre de pages: 152 pages
  • ISBN: 978-2-8070-0242-5
  • Parution: Septembre 2020
  • Prix: 15 €
  • Disponibilité: Disponible
  • Distribution: Maison de la poésie d’Amay (Belgique et Luxembourg). Pollen (France).

Pete Miller, un jogger vieillissant, a été l’ami de Steve Prefontaine, une légende du demi-fond américain. Arrivé à l’âge de la retraite, il décide de raconter – avec pour toile de fond la participation des Nifty Tortoises, son équipe de vétérans, au célèbre Hood to Coast Relay et l’histoire des États-Unis des années cinquante à nos jours –, l’épopée sportive de celui que ses supporters surnommaient « Pre ». Un athlète qui professait une haute opinion de son sport : « Selon Steve, l’important n’était pas la victoire, mais la manière. Gagner une course en la gérant, restant prudemment derrière pour démarrer dans le dernier tour, c’était bon pour les poules mouillées, pour les comptables. Ce n’était pas ainsi que lui, Steve Prefontaine, voyait la course. “Et comment la vois-tu, la course, toi, Plouc, avait demandé Bowerman ? – Comme une œuvre d’art, coach ! Une œuvre d’art.” ».

Extrait
Depuis plusieurs années, j’ai envie d’écrire à propos de Pre. Si je me suis enfin décidé, c’est peut-être aussi pour raconter ma « grande aventure » de 2018. Oh, une équipée bien modeste, mais j’ai toujours cru, comme je ne sais qui le disait autrefois, que l’aventure commence au coin de la rue. Il a neigé, vous décidez d’aller courir au bois. Vous êtes le premier à fouler la neige vierge. Enfin, le premier humain, car mille petites empreintes vous révèlent un grouillement de vie. Dans le grand silence (la poudreuse gomme tous les bruits, et la ville est loin), seul le crissement de la neige fraîche sous vos pas. Vous prend parfois l’envie, comme autrefois, de façonner une boule, de la lancer au loin, dans le dos d’un pion imaginaire, voire d’y mordre, d’en sentir la fraîcheur vous brûler langue et palais, comme un granité. Et tout à coup, vous croisez un renard. Sur la couche blanche qui mange le paysage, son pelage roux. Vous vous regardez dans les yeux, juste un instant. Il fait volte-face, il a disparu. C’est une aventure, non ?
Et donc, je me suis enfin mis à coucher tout ça sur le papier. Écrire, ça s’apprend à l’école. Comme tout le monde, j’ai rédigé des devoirs. Autant dire des corvées, même si j’aimais bien ça. Et puis, toute la vie, des devis, des courriers d’affaires, à présent des mails. Rien de personnel, rien de vivant. Je m’étais toujours dit : à la retraite, je m’y mets. Il m’a fallu trois ans pour me décider. En fait, il s’agit de s’asseoir. Oui, simplement s’asseoir.
Quelqu’un a écrit quelque part (je cite de mémoire) : « Retraite, ça commence comme retrait et ça finit comme défaite. » Comment peut-on proférer pareille ânerie ?
Il me semble, au contraire, que l’on peut prendre ça comme une victoire. […] Et puis, retrait ? De quoi ? Je peux enfin m’occuper à plein temps de mes passions : la course à pied, mes amis du South Coast Running Club, mes petites recherches généalogiques (ça prend du temps !) et, bien sûr, la roseraie. Nous l’avions dessinée à deux, Elsie et moi. Quand elle est partie, je me suis juré de l’entretenir en souvenir d’elle. Ça aussi, ça prend du temps, mais chaque fois que je respire une William Lobb ou une Albéric Barbier, je crois humer le parfum d’Elsie. Je cueille les plus belles roses, je vais fleurir sa tombe d’un bouquet où le pourpre se mêle au blanc, au cramoisi, au parme. J’entends le pasteur prononcer ces mots : « Elisabeth, veux-tu prendre pour époux Peter, ici présent ? » Son sourire, et son « oui ».
Et moi aussi, je réponds oui.