• Auteur(s): Alain DartevelleMarc Sevrin
  • Éditeur: Murmure des soirs
  • Genre: Roman
  • Format: 15 x 20 cm
  • Nombre de pages: 86 pages
  • ISBN: 978-2-930657-03-5
  • Parution: 2012
  • Prix: 17 €
  • Disponibilité: Disponible
  • Distribution: Grantha (Belgique). Librairie Wallonie-Bruxelles (France).

Nous voici sur l’Astre des Délices, où le Vicaire général Omar Wangata a pour mission de prôner la religion de la Grande Béance au peuple des Sylvains – des êtres hybrides, aux sabots de cervidés et à l’anatomie partiellement végétale…
Au fil des observations et anecdotes du prédicateur se succèdent des saynètes tragiques ou cruellement drôles, où ressortent les figures attachantes de Sylvains révoltés ou soumis. Telle Marjo, fille-fleur livrée aux convictions et fantasmes complexes d’Omar, pour une véritable descente aux enfers…
Catéchisme du vide, Au nom du néant consacre, sur fond de bonne conscience, les effets mortifères des vérités importées, autant qu’imposées.

Extrait

Que l’Ogre de la Vie vraie bénisse la course électronique de ces bonnes paroles, de sorte qu’elles transmuent la bestialité générale des mondes en une admiration universelle pour les Missions de la Grande Béance !
Dans la matinée, une mendiante sylvaine, repoussante de crasse, accoste le ponton de notre résidence sur une barque en roseau, apportant un petit être de trois jours. Elle demande si on veut l’acheter. « C’est un garçon, dit-elle. Aussi, je ne le donnerai pas à moins d’un pistil (soit six de nos galactars, en ce temps-là). »
Le marché est conclu et Pétronille, la Supérieure Nou-Nou chargée de l’intendance, lui donne l’argent. « Cet enfant n’est pas à moi, ajoute la miséreuse ; il appartient à une paysanne pauvre, qui ne peut le nourrir. Elle m’a priée de le porter au marché à la criée, afin d’en obtenir quelque monnaie.

Mais, en passant ici, je me suis dit que vous consentiriez peut-être à payer un meilleur prix, et je suis entrée, pour m’épargner la peine de ramer jusqu’à la ville de Floribinda. »
— Dans ton village, est-ce qu’on fait mourir les bébés ?

Ce garçon qui, voici quelques instants à peine, grognait de douleur, rit maintenant de bonheur, et il sauterait de joie sur ses sabots sonores, si le patron ne l’envoyait illico vaquer à ses occupations.

Et moi, je plie bagage. On se quitte les meilleurs amis du monde.
Et tous de s’écrier : « Au revoir, Monsieur le Docteur, Monsieur le grand Docteur noir ! »

Or, si ma peau est bel et bien sombre, je ne suis pas plus docteur que ce garçon à tout faire ou que le marchand de melons d’eau qui hurlait après moi à l’entrée du village. Je ne suis même pas vétérinaire ! Mais voilà comment se fait une réputation.

Monsieur le Docteur ! Monsieur le grand Docteur noir !

Mais j’espère que, par la grâce de l’Ogre universel, ces rustres apprivoisés viendront bientôt me demander les remèdes qui guérissent l’âme. Je suis d’ailleurs certain que l’esclave domestique, tout à la joie de sa guérison, rendra tout prochainement visite à notre résidence.