• Auteur(s): Henri Vernes
  • Éditeur: La Pierre d'Alun
  • Genre: Roman
  • Péritexte: Illustrations de Loustal. Préface de Jean-Baptiste Baronian.
  • Format: 16.5 x 22.5 cm
  • Nombre de pages: 112 pages
  • ISBN: 978-2-87429-094-7
  • Parution: 2013
  • Prix: 27 €
  • Disponibilité: Disponible
  • Distribution: Autodistribué (Belgique). Librairie Wallonie-Bruxelles (France).

À la fin des années 1950, Henri Vernes se met à écrire un roman policier qu’il destine à la collection Série noire.

Tout y est — tout ce qui fait qu’une Série noire est une vraie Série noire : un privé, mais un privé qui n’en est pas vraiment un ; des femmes fatales, mais chez qui la fatalité est un art de vivre et de survivre ; des cadavres à la pelle, mais qu’on se garde bien d’enterrer à la pelle ; des salauds qui ont des gueules d’ange, mais à qui on ne donnerait pas le bon Dieu sans confession ; des limousines américaines longues comme des « jours sans pain », mais que viennent concurrencer de magnifiques bolides de fabrication allemande ; des volées de coups de poing, mais auxquelles font la nique des coups de griffe et des coups de feu ; des nuits d’amnésie totale, mais qui peuvent tourner à des nuits blanches… Tout, absolument. Et avec, comme il se doit, une formidable maîtrise, un formidable sens de la narration criminelle.

Ce roman inconnu et comme évadé des limbes, le voici enfin. Pour le plus grand plaisir des innombrables lecteurs de Bob Morane, des fanatiques des « Série Noire » à l’ancienne et des admirateurs de Loustal, qui donne ici quelques-unes de ses plus belles illustrations.

La première page
C’est dans une chambre immense, vide et noire, dans laquelle je suis enfermé et où un téléphone sonne à trouer les murs. Je ne parviens pas à me lever pour arrêter cette sonnerie qui me brise les oreilles. Pourtant, je dois être chez moi, couché dans mon lit, et je n’ai qu’à tendre le bras pour atteindre le téléphone placé sur la table de nuit. Mais voilà, je ne parviens pas à tendre le bras. Peut-être suis-je paralysé. À moins que je ne sois endormi et que la sonnerie ne résonne seulement dans mon rêve. Cependant, je sais que je ne dors pas. Je sais que je ne rêve pas. Ma tête me fait trop mal pour que j’en doute. Je crois plutôt que j’ai trop bu. Je sens le goût âcre du whisky dans ma gorge.
« Tends le bras, sacré saoulard, me dis-je, et arrête ce tintamarre… »
Avec effort, je parviens à bouger le bras droit pour atteindre l’appareil et décrocher, mais ma main ne rencontre que le vide. Elle retombe et racle la surface dure et froide d’un carrelage. Je recommence mon geste. Mon bras pèse aussi lourd qu’une maison de dix étages, et je ne trouve toujours pas l’appareil.
La sonnerie continue à scier les ténèbres. Je réalise alors que ce n’est pas là le son d’un timbre téléphonique : il est continu au lieu de s’interrompre et de reprendre à intervalles réguliers. À présent, je suis certain de ne pas être dans ma chambre, couché dans mon lit.