L’écriture de Jean-Jacques Marimbert s’apparente à celle d’un géographe qui pratique le voyage immobile dans le souvenir. Souvenir qu’il convoque à ses sens, investit comme un lieu, habite en le meublant de sons et d’odeurs comme il garnit la ville qui accueille l’errance de son narrateur, dont la focale subjective est fixée à l’entrée du texte sur un homme endormi au sol.

« Au pied du mur d’enceinte / tourné vers les pierres / il a jeté son corps.
Une tache de lumière glisse sur / ses épaules.
Il dort par à-coups au hasard des apnées, / boulet dans un sommeil gluant. […] »

Ce poème est titré « Jour », comme un malentendu signifiant avec retard, c’est-à-dire au moment de la lecture, par son évocation visuelle et temporelle, qu’il sera empêché au lecteur de voir, car ce texte est un chant crié à l’adresse des corps empêchés, privés d’agir, de savoir et de comprendre, avec pour seule ouverture sur un réel qui se délite le pouvoir d’entendre – à défaut de comprendre – les échos du passé.

Anna de Sandre, extrait de la préface.

Extrait
Au pied du mur d’enceinte
il dort. Je le vois.
La mer souffle et murmure.
Matin écaille de temps égarée dans le noir.
Il a des mains d’assassin.
Un moineau sautille sur le trottoir
exsangue. Une femme luit au fond
de ses doutes oubliés. Rivages ensablés
voiles penchées sur les vies frappées
d’amnésie. Le ciel ne s’ouvre pas.
Je me mets à marcher.