L’infime dont il est fait mention dans le titre si inspirant de ce recueil, est sans aucun doute l’objet de la recherche formelle à laquelle se livre la poétesse. Chacun des textes offre cette brièveté de l’aphorisme dont on ne cesse, une fois ceux-ci lus, d’explorer les possibles qu’ils envisagent, de sillonner les labours qu’ils creusent, de s’abandonner aux perspectives qu’ils dévoilent.
La forme brève en poésie – lorsqu’elle ne sombre pas dans l’imposture de l’abstraction par l’absence –, incite l’imaginaire à explorer des horizons narratifs et poétiques dont le texte initiateur est la promesse.
Dans La haute couture de l’infime, Anne-Marielle Wilwerth excelle à projeter cette lumière brève dont elle fait scintiller la rêverie autant que l’imaginaire de qui s’y abandonne, happé par le faisceau hypnotique de la poésie wilwerthienne.
Quelques exemples s’imposent comme celui-ci, poème qui ouvre le recueil :
Certains mots / dans l’indicible / parfois / se faufilent / afin de découdre / ce pourquoi l’on doute
Le temps, le silence, la lumière s’allient dans la poésie qui va au plus intime, l’informulé :
Quand nous tissons le temps / en laine de silence / les nœuds qui parfois se forment / patientent / avec l’informulé.
L’exploration poétique s’enrichit de questionnements d’espérance, de tentatives d’apprivoisements, de l’approche feutrée des sensations :
C’est dans l’entre-deux / cet évaporé de conscience / que l’on peut compter / sur l’obéissance du temps / et ses leçons de bleu
On devrait ici s’arrêter à chaque page du recueil.
Lorsqu’on y revient après une première lecture, ce sont d’autres cheminements qui se proposent à nous. La poétesse nous invite à ces retours au texte, produisant, de lecture en lecture, une émotion renouvelée par l’enrichissement salutaire de la conscience d’être à chaque fois salutairement surpris.
Le recueil ne s’achève-t-il pas sur ce constat ?
On prend des chemins escarpés / faisant mine / de remonter le temps / mais le carmin du présent / toujours nous surprend.
— Jean Jauniaux
Extrait
Ne sillonner
en poésie
que le vaste pays de l’infime
Ces choses
qui évoluent
en toute sérénité
dans le non perçu
font-elles partie de nous