Pour raconter au cinéma l’histoire de cet ami d’enfance, j’avais d’emblée écarté l’idée d’utiliser des archives personnelles ou de revisiter les lieux de ma jeunesse. Une reconstitution réaliste ou le recours à des témoignages de ceux qui avaient connu mon ami ne me tentaient pas davantage. J’avais alors imaginé composer un film avec des images récoltées un peu partout, puis retravaillées selon les besoins du récit. Cette composition de found footage, photographies de marchés aux puces, tableaux d’artistes anonymes, cartes postales ou fragments de films amateurs, fonctionnait selon un mode décalé qui me plaisait sans me convaincre tout à fait.
Ismaël Joffroy Chandoutis me proposa alors de tenter une bande image entièrement générée par l’IA. J’étais à la fois sceptique et curieux. Les levées de boucliers qui se dressèrent aussitôt autour de moi – l’IA met au chômage la moitié des professionnels, pollue la planète, viole les droits d’auteur, fait de nous des consommateurs lobotomisés – étaient, par esprit de contradiction, plutôt de nature à me donner du cœur à l’ouvrage. Ismaël me servit donc de guide dans la jungle des nouvelles plateformes, l’idée étant qu’il me faciliterait la compréhension des outils puis me laisserait mener ma barque comme je l’entendrais. Moyennant une maîtrise très approximative des procédures et en me fiant à mon ressenti devant l’inconnu plutôt qu’à la recherche de résultats précis, j’ai été rapidement dérouté par ce que produisait l’IA… autant de démons que de merveilles. (Olivier Smolders.)