• Sous-titre:
  • Auteur(s): David Jauzion-Graverolles
  • Éditeur: M.E.O.
  • Genre: Roman
  • Péritexte:
  • Format: 14.8 x 21 cm
  • Nombre de pages: 476 pages
  • ISBN: 9782807005822 (livre imprimé) | 9782807005839 (PDF) | 9782807005846 (Epub)
  • Parution: Août 2026
  • Prix: 27,00 € (livre imprimé) | 15,99 € (livres numériques)
  • Disponibilité: Disponible
  • Distribution: Pollen

Après une rupture amoureuse, Sylvère abandonne une carrière universitaire prometteuse et postule pour la promotion expérimentale « mise en scène » de l’ENSPETT, la prestigieuse école de théâtre de N*. Lui qui n’a aucune expérience théâtrale est accepté contre toute attente. Il intègre la poignée d’étudiants venus de tous horizons, sous la houlette intermittente du célèbre metteur en scène maudivien Rado Vetro. Une formation initiatique, tenant du monachisme et de la secte, où les élus s’épaulent et se jalousent. Formation qui néglige les essentiels – éclairage, son, administration, décors, accessoires, costumes – pour reposer sur la pratique intensive d’arts martiaux et de l’improvisation, en quête de concepts qui s’enroulent autour de la méthode mais se dérobent sans cesse, action, événement capital, nœuds, reflet, perspective inversée… Mais au retour d’un stage calamiteux à Maudivia, alors que Vetro et ses élèves sont invités en Avignon, le directeur de l’ENSPETT, convaincu de malversations financières  et de népotisme, disparaît et Mine, jeune journaliste, mène l’enquête. Sylvère écrit pour elle l’histoire de la « promotion mise en scène », tandis que les pontes du théâtre traditionnel français reprennent le pouvoir.

Extrait

Simon parcourut tout le monologue de Socrate avec une belle énergie mais sans trouver le ton juste, faute d’une image claire en tête. On eût dit que sa croyance naïve en les pouvoirs de la poésie lui faisait manquer l’ironie socratique, et que le mythe du poète ailé, raconté comme par un enfant, perdait la distance qui l’avait engendré, à la source de tout mythe : une histoire merveilleuse par laquelle l’esprit se console, sur les murs de sa caverne, de ne pouvoir formuler directement la vérité. Pascal tenta un sauvetage, à mi-parcours, mais même sa raschniyé, bien construite à l’évidence, se heurta au terrible silence du ratage tenace. Rien ne décollait. L’humour ni l’action forcée, exubérante, ne déclenchaient la moindre vague. […] Cependant, Ravikoff se lança et commença à arpenter le plateau dans toute sa longueur, en se murmurant à lui-même des phrases incompréhensibles. Il endormit immédiatement l’auditoire par un jeu phtisique, un ton sépulcral et quelques hésitations fatales, soulignées comme à dessein. Il s’enterrait lui-même dans un monologue infini qui sonnait faux, et transforma peu à peu la fête en suicide collectif. Quand il commença à désosser une horloge qu’il avait apportée, et dont il jetait un à un les morceaux par la fenêtre, on sentit littéralement le temps s’arrêter. Si bien qu’après plus d’une heure de calvaire, sous le regard incrédule des invités de marque, Vetro, fait rarissime, exceptionnel et mémorable, interrompit lui-même le massacre par cette question fatale et sans appel : « Pourquoi MOI, JE suis obligé de voir ça ? », que Miss Garrett n’osa pas traduire.