• Auteur(s): Jean-Pierre Balfroid
  • Éditeur: M.E.O.
  • Distribution: Maison de la poésie d’Amay (Belgique et Luxembourg). Pollen (France).
  • Genre: Roman
  • Format: 14.8 x 21 cm
  • Nombre de pages: 284 pages
  • ISBN: 978-2-8070-0225-8
  • Parution: Février 2020
  • Prix: 20 €
  • Disponibilité: Disponible

Aux obsèques de Mia, Jean disjoncte et révèle à l’assistance médusée sa liaison avec la « parfaite épouse, mère de famille et enseignante » que l’on enterre, déclenchant une échauffourée dans une église qui n’en demandait pas tant. Relâché après une brève garde à vue, il revit leur amour nomade dans des chambres d’hôtels, chacune représentant un nouveau commencement et une ode à la vie, après avoir longtemps végété comme ami de la famille entre la femme qu’il aimait en silence, le mari obnubilé par son musée des deux guerres, deux ados révoltés contre la discipline à l’ancienne imposée par leur père, sans oublier sa propre mère mêle-tout et quelques figurants peu banals.
La vie, toutefois, ne s’arrête pas avec la disparition d’une femme follement aimée…
Un roman qui louvoie en permanence entre tension dramatique, non-conformisme social et humour aux confins du nonsense.

 
Extrait
Que vais-je pouvoir dégoiser ? Je n’accepte pas non plus la mort de Mia. Alors j’ai un peu bu. À vrai dire beaucoup. Je remonte clopin-clopant l’allée centrale en direction du chœur. Sur le cercueil, une ancienne photo de Mia. Je me demande pourquoi Yann n’en a pas choisi une plus récente, elle était si ravissante encore au moment de sa disparition, avec ses yeux vert clair taillés en amande et sa chevelure paille cascadant autour de son visage ovale. Mais ce n’est pas le moment de pinailler à propos d’une photo, la foule attend, dans un silence que soulignent quelques timides toussotements et grincements de chaises. Un silence qui décuple ma frousse. […]
La voûte descend sur moi et m’écrase, les murs se rapprochent, je respire difficilement. Je ne vois pas les gens, je ne veux pas les voir. Ils me dégoûtent, à déjà se régaler des paroles pathétiques que je suis censé leur débiter. Et Yann, pourquoi me joue-t-il un tour pareil ? Je le cherche, mais ma vue se brouille. Il n’y a plus personne dans l’église. Plus que Mia et moi. Mia figée, glacée dans son cercueil étincelant, et moi complètement éteint, gris comme la cendre. Je m’entends dire Mia, quand je t’ai rencontrée, voici cinq ans, je t’ai aimée d’un seul coup. Je ressens encore aujourd’hui la violence de ton appel. Je t’ai désirée tout de suite. Je m’étais juré de ne jamais te l’avouer pour ne pas te troubler. Oui, Mia, je t’aimais à ce point, jusqu’à l’effacement. Avec ton mari et tes enfants, nous nous retrouvions tous les mois, soit chez toi, soit chez moi. Deux années, deux longues années durant lesquelles j’ai muselé mon cœur. Et un jour de courage, ou de faiblesse, je ne sais, je t’ai révélé mon terrible secret. Et nous devînmes amants, comme emportés par un tourbillon. Mia, mon amour, j’aimais tant te retrouver dans une chambre d’hôtel. Nous ne réservions jamais la même, c’était un peu comme si nous promenions notre amour à travers toute la ville. Un amour nomade. Ah ! ces chambres ! Tout en elles distillait le plaisir, la joie, la complicité : les persiennes filtrant la lumière, les fauteuils accueillant nos vêtements arrachés, la douche assez vaste pour nous deux, les essuies éponges qui préparaient nos corps pour la fête, et le lit, ah ! le lit, impatient de nous offrir ses draps blancs et parfumés…