« En 2024, écrit Annie Préaux, j’ai lutté dans la tempête de l’éphémère, présence vive, palpable, de la fuite du Temps, à travers la maladie qui dévorait le corps de mon compagnon. La mort, inéluctable, lente et joueuse comme un félin avec sa proie, a fini par gagner son éternel pari et le point de rupture est arrivé. La limite infranchissable. Le mur du plus jamais. »
La vie, l’éphémère, le merveilleux et tragique éphémère…
La mort, le durable, l’inanimé incarné par la pierre…
Christian Claus, le compagnon d’Annie, consacra sa vie à la sculpture et Annie se fit, à travers ses poèmes, la passeuse de son œuvre.
Un autre poète, Jean-Michel Aubevert, écrivit, à propos de Pierres de mort de la même autrice que « le sculpteur se confronte à la matière et par-delà, à cette autre réalité qu’est la temporelle… Pour ainsi dire, le travail du matériau défie la temporalité en lui restituant dans l’instant de l’œuvre son caractère éphémère. À travers lui l’artiste défie sa propre précarité, qui est à la fois le deuil et l’attrait du vivant, de son expression. »
Les installations de Maxime Van Roy et Diego D’Onofrio, mêlant la pierre à l’élastique, le durable à l’éphémère, ne pouvaient donc que toucher au cœur Annie Préaux, ce recueil en témoigne.
Extrait
Au fond de nous
Comme un cœur qui bat
À tout rompre
Le violent désir de la durée
La peur de la perte
Qu’on tente de nier
Ces jumelles pensées
Sous le masque de nos vies
Janus à l’âme double
Me laissent sans voix
Impuissante déchirée
Orpheline de mes croyances
Enfantines
Cherchant l’impossible
Comme une raison de vivre
Au creux des obsessions
Qui balaient les déserts
Mais l’impossible et son chant
M’attendent pourtant ailleurs
Dans un espace fermé-ouvert
Où l’éphémère
Charmera ce qui dure
L’enfilera
Comme une robe de pierre
Se glissera dans son armure
L’enserrera de son rêve
Comme parure de phénix
Et changera sa Vérité
Je sais où tous deux
Se cachent
Il suffit de voir et d’écouter