Un roman, l’Herbe qui tremble ? Pas exactement, car tout semble ici disparate : le narrateur nous livre plusieurs récits qui mettent en scène les liens affectifs d’un homme et d’une femme. Il se plaît à évoquer des lieux et des atmosphères, transformant ses propos en méditation poétique. Avec toute la magie de son écriture, Paul Willems nous dit que les horizons bruissent d’un monde mystérieux qui peut apporter à nos vies la part de rêve qui les empêchera de se figer.

Extrait

Le premier matin du monde se levait.
Avant la colère de Dieu, le paradis était aussi beau qu’une tasse blanche et bleue, translucide. Aujourd’hui les débris en jonchaient le monde : ici un étang, là une forêt, plus loin un bras de mer. Partout on retrouvait des morceaux aussi parfaits que les ongles d’enfants que l’on ra-masse au bord de la mer.
Adam et Ève longeaient la lisière d’un bois. Au sud s’étendait une prairie où des lapins assis sur leurs pattes de derrière semblaient humer l’air nouveau.
Adam cueillit une baguette de saule, dont il caressa distraitement la jambe d’Ève. Dans les buissons les premières abeilles bourdonnaient mais on n’entendait encore aucun cri d’oiseau.
« Pas la moindre odeur », dit Adam.
Elle pensa qu’il avait raison, dans l’air il n’y avait pas la moindre odeur, pas plus que des cris d’oiseau.
« Le monde est neuf », dit Adam.