Laurent et Lison, employés dans une immense tour, sont virés en même temps. Ils tombent nez à nez au moment d’être recrachés dans la rue par le tourniquet du gratte-ciel. Ils ne sont plus rien, n’ont plus que leur peau. Qu’ils vont utiliser comme un pied de nez, improvisant une scène hot reluquée par les badauds, avant d’entamer une relation tout aussi torride. Leur amour donne naissance à deux jumelles. Mais l’une d’elles, Mélusine, se révèle porteuse d’un « trouble du spectre autistique », mettant ses parents à rude épreuve.
Roman pétri d’amour, d’humour, d’espoir et d’humanité, Mélusine aborde avec pudeur mais sans tabou les difficultés auxquelles les personnes en situation de handicap mental sont confrontées et confrontent leur entourage, notamment la problématique, tant émotionnelle que juridique, des relations affectives et sexuelles.
Extrait
Douze ans, donc ! Elles voguent doucettement vers l’âge critique, elles vont se métamorphoser en jeune fille puis en femme, et nous craignons de les perdre davantage. Mais n’est-ce pas pour cela que nous les élevons ? Nous devons les perdre pour qu’elles se trouvent. Leurs silhouettes changent, les hanches s’arrondissent, la poitrine lève comme une pâte. Alice devient pudique, plus question de prendre un bain ensemble.
Quant à Mélusine…
Un samedi matin d’hiver, Lison fait les courses avec Alice, qui a besoin d’une nouvelle doudoune. Mélusine répète dans sa chambre une nouvelle composition de Pierre, saturée de notes criardes et dissonantes. Je m’isole dans le living et, à titre d’antidote, dépose un vinyle sur la platine, Nessum dorma, Pavarotti. Surgit une Mélusine en tenue d’Eve. Que faire ? Alors que je tergiverse, elle se met à chevaucher l’accoudoir d’un fauteuil et se frotte avec une belle application. C’est pas recensé dans les bouquins, ça. Est-ce la voix chaude du ténor italien qui l’inspire ? J’improvise, je la pousse vite fait vers la salle de bains et remonte le chauffage.
Nous nous interrogeons. Devons-nous la tancer ? Ce serait lui faire croire que la nudité est dangereuse, mauvaise. Discourir sur la pudeur ? Comment lui faire comprendre cette notion, acquise et non innée, alors qu’elle varie suivant les époques et les régions, qu’au cours de tous les examens qu’elle a subis elle était inspectée sous toutes les coutures ?