• Auteur(s): Carino Bucciarelli
  • Éditeur: M.E.O.
  • Genre: Roman
  • Format: 14.8 x 21 cm
  • Nombre de pages: 156 pages
  • ISBN: 978-2-8070-0267-8
  • Parution: Février 2021
  • Prix: 16 €
  • Disponibilité: Disponible
  • Distribution: Maison de la poésie d’Amay (Belgique et Luxembourg). Pollen (France).

Par une nuit de neige et de grand froid, Stéphane (ou Pierre ?) Delatour heurte une pierre sur l’autoroute. Laissant dans l’habitacle sa femme et ses deux enfants, il va téléphoner à une borne, suivi par l’étrange regard d’une corneille. Au retour, la voiture a disparu. Et dans le commissariat où il fait sa déposition, l’inspecteur semble bien solitaire. C’est l’amorce d’un chassé-croisé de personnages qui se substituent les uns aux autres, mêlés à des oiseaux et à un anorak rouge dans la neige.
À sa manière inimitable, Carino Bucciarelli revisite le réalisme fantastique cher à nos contrées septentrionales.

Extrait

Une tache noire dans les branchages nus des arbres attira mon attention. C’était une corneille. Elle me regardait. Du moins j’eus cette impression. Une corneille regarde-t-elle les hommes dans les yeux ? Tout en progressant, je lui jetai des coups d’œil furtifs. Elle semblait toujours, elle aussi, me suivre du regard. Au moment où elle allait sortir de mon champ de vision, elle prit son envol pour venir se poser sur un arbre situé plus en avant, comme si elle voulait volontairement rester visible à mes yeux. Bientôt, je ne pus plus douter, l’oiseau suivait bel et bien ma progression. Chaque fois que j’avais accompli une centaine de mètres, il changeait de position, se perchant au sommet d’un arbre différent pour m’observer ; son attention, c’était clair maintenant, bien dirigée vers moi. Comme tous les oiseaux, il tournait la tête brutalement de côté pour mieux me surveiller, tour à tour de son œil droit, ensuite du gauche, puis l’immobilisait de nouveau bien face à moi, le bec pointé dans ma direction. J’avais déjà entendu parler de personnes agressées par des oiseaux réputés inoffensifs, comme des mouettes ou de simples passereaux qui fonçaient droit sur leur victime pour lui asséner des coups de bec violents. Je me tenais sur mes gardes, prêt à frapper du plat de la main s’il fondait sur moi.
Manifestement la corneille s’obstinait à me suivre. J’entendais le bruit régulier de ma respiration inquiète. Des panaches de vapeurs sortaient de ma bouche dans l’air glacé à chaque expiration. Le froid provoquait une sensation de brûlure dans mes cavités nasales. J’aurais aimé ramasser une pierre et la jeter au volatile, mais on n’en trouvait aucune sur cet accotement bien entretenu. Et d’ailleurs, si une pierre s’était présentée, j’aurais dû me baisser pour la prendre. La corneille ne risquait-elle pas de percevoir ce geste comme de la soumission ou de la fuite, et dès lors de véritablement attaquer ? Je m’immobilisai et lui fis face. Prêt à la lutte. de la fuite, et dès lors de véritablement attaquer ? Je m’immobilisai et lui fis face. Prêt à la lutte. Elle ne bougeait pas, là-haut sur son nouvel arbre. Je la voyais comme une ennemie et une détermination s’installa en moi. La peur avait disparu. Je me sentais assez fort pour vaincre quand elle s’élancerait. Elle me regardait toujours et je souhaitais à présent engager le combat. Nous ne pouvions plus nous fixer l’un l’autre éternellement. Elle devait se décider, elle ; moi j’étais incapable, cloué au sol, d’engager l’assaut. Je lui fis signe d’un mouvement du bras, pour l’appeler à moi. Il fallait en finir.