« Lorsque l’obscurité étend sur le monde un manteau dont les camaïeux oscillent entre bleus, pourpres et mauves, les êtres sans parole se préparent au voyage dans l’insondable du rêve. C’est ce que nous propose Gilles Cherbut dans ce recueil, reflet d’un temps où les divinités [étaient] encore ignorantes du verbe »…
— Blandine Boucheix, extrait de la préface
On n’est pas loin des dieux verts dont parlait Jean-Michel Aubevert, lui qui tant chérit la Nature et rêva devant elle, affirmant que « la poésie creuse le monde » (in Soleils vivaces, Le Coudrier, 2015).
Tels ces animaux tranquilles frémissant au bord du sommeil est le premier lauréat du prix de poésie Jean-Michel Aubevert, décerné sur manuscrit.
Les membres du jury ont retenu ce livre pour la beauté de son écriture et la proximité de son inspiration avec celle de Jean-Michel Aubevert.
Extrait
Nous étions un espoir,
une insouciance
Sur la pointe de leurs racines des arbres s’avancent, comme paraboles dressées devant nos renoncements.
Dans la torsion des vents, anonymes baisers qui troublent les collines, se referment les provinces du ciel. Y rôde un futur dévoyé, tel un poème trop disert qui s’ennuierait dans la prison de ses rimes.
…
Comment évoquer ces luthiers de l’inconnaissable, facteurs de guitares mauves accordées seulement aux couleurs du crépuscule ?
Comment retenir, sur les partitions de nos existences, cette allégeance jamais élucidée sous le sceau des chimères, cette levée d’étoiles à travers le silence ?
Ignorons les façades d’octobre enflammées de vignes vierges et installons désormais notre sommeil parmi de graciles rêves de vigognes.