Il y a les laissés pour compte et ceux qui n’ont pas envie de prendre le train. Ceux qui descendent en marche. Ceux qui traînent en route, rêvassent et se perdent. Ceux qui s’interrogent sur le sens de tout cela. Zoé et Romain en sont.
Il cultive un pessimisme distant, elle se veut optimiste, désespérément.
Ils ont en commun l’humour et une vitalité qui ne veut pas s’éteindre, même quand tout dans leurs vies se disloque.
Plutôt errer que céder au cynisme ambiant.
Et errant, même las, on fait parfois de belles rencontres…
Un roman drôle, émouvant, parfois caustique et toujours humain. Des personnages à la fois authentiques, marginaux et lucides.
Extrait
Vous en connaissez, vous, des parents qui oublient leur enfant dans les magasins ? Eh bien, c’est arrivé aux siens. Des gens très bien, pourtant. Aimants, s’aimant, l’aimant, mais si distraits. Ils ont planté bébé Zoé dans sa poussette sur le parking du supermarché, ont chargé la voiture et démarré sans elle. Évidemment, cent vingt mètres plus loin, ils ont fait demi-tour, affolés, trop vite, pour aller s’emplafonner direct sur un camion Gervais. Adieu Papa-Maman. Héritage néant, pas la plus petite empreinte. / De temps en temps, pour se persuader qu’ils ont bien existé, Zoé sort une photo écornée de son portefeuille, un couple de gamins béats devant une crevette fripée gisant, sereine, dans le landau de la mort. « Tordant, non ? », commenterait-elle, acerbe.
Zoé a donc été élevée par ses grands-parents. De son Papy, elle n’a gardé que très peu de souvenirs. D’abord l’odeur de sa peau, qui la fascinait et qu’elle n’a identifiée que beaucoup plus tard comme celle du tabac froid. Et puis un tatouage sur son épaule gauche, une ancre dont il lui avait, paraît-il, raconté l’histoire. Une histoire de pirates comme il aimait, paraît-il, à les raconter. Elle ne sait pas si c’est vrai. Elle se souvient seulement de la couleur de l’encre de l’ancre, d’un mauve grisé teinté de cendre sur cette épaule si vivante, enfin plus pour longtemps. Il meurt quand Zoé a six ans. Noyé à la piscine en nageant son kilomètre dominical, sa messe à lui, son hygiène de vie comme il se plaisait à le répéter à Mamy. Une blague, elle vous dit.