Avec un thème qui touche à l’intime – le poète y évoque, sans jamais céder au pathos, son enfance aux côtés d’un frère jumeau lourdement handicapé – on pénètre à sa suite dans le domaine des non-dits, des secrets de famille, de la culpabilité, de l’incompréhension, de l’injustice, du lien et de l’amour, de la tentative de réparation forcément vouée à l’échec, le tout à hauteur d’enfant.
Et il nous apparaît alors que les frêles colonnes de mots brefs, cernées de vide, humblement érigées sur l’espace blanc de la page, soutiennent les vestiges d’un monde disparu, d’une humanité palpitante : l’usine de tuiles du grand-père avec ses deux ouvriers qui font presque partie de la famille, l’omniprésence de la grand-mère à la fois gardienne et victime des secrets et ces deux petits enfants jetés au milieu de cette vie en vase clos, à jamais unis par leur gémellité et pourtant irrémédiablement séparés par le handicap de l’un d’eux.
Deux univers parallèles qui évoluent ensemble, dépendants l’un de l’autre, mais sans jamais vraiment parvenir à se rejoindre.
— Anne Vocanson, extrait de la préface
Extrait
mon frère
silencieux
fermé
à
double
tour
dans
sa marche
tenait
peu
debout
se rattrapait
à
mes yeux
mon frère
manquait
de
mots
je ne parlais
qu’au
petit
chien blanc