« Avec l’air, le mouvement prime la substance », écrivait Gaston Bachelard dans l’Air et les Songes.
Bien des poètes, parmi lesquels Jules Supervielle et Philippe Jaccottet, ont compris l’aérienne nécessité de s’élever, de s’envoler, de se laisser porter pour vaincre la pesanteur de la réalité.
Oui, j’en suis persuadé, la poésie est affaire de souffle.
Donner corps à l’impalpable, à l’intangible : une gageure ? Un défi sans aucun doute. Une saine quête en tout cas.
Dans Un peu d’air, Philippe Leuckx offre trace de vie, dans ce qu’elle peut avoir de plus fragile, avec cette lucidité qui lui fait mesurer notre insignifiance et notre impermanence…
— Philippe Colmant, extrait de la préface
Extrait
On laisse venir le jour à soi
comme l’on fait entrer l’air
sans rien peser
en caressant le tulle de lumière
d’un doigt
on est ainsi sans cesse
petite mesure du monde
à peine une silhouette de temps
sur un sable incertain
***
Il y a dans l’air
cette présence sourde
d’un vent léger
qui frôle les visages
attendrit l’oiseau
caresse l’herbe haute
il y a
dans l’aire de nos jours
l’espoir d’un mot
qui s’élève