Comme le souligne Serge Quadruppani et Jérôme Floch, le terme « bâtard » appliqué aux policiers ne signifie pas uniquement qu’ils seraient tous des « salauds » : leur bâtardise vient aussi de l’ambiguïté, de l’« impureté » qui les caractérise. La grande masse des policiers provient plutôt des couches populaires, tandis que leur métier les amène à renforcer le pouvoir des classes dominantes. Leur légitimité est censée venir de la protection du peuple alors qu’ils passent la plupart du temps à le maintenir écrasé au nom du maintien de l’ordre social.
Qu’il y ait des bons et des mauvais flics n’est pas une question pertinente. C’est l’ensemble du système qu’il faut interroger pour comprendre comment tel comportement policier a pu se produire. Expliquer le meurtre de George Floyd par la nature profondément mauvaise de Derk Chavin ne mène pas très loin. Si l’on veut se donner les moyens d’agir sur les violences de la police, il faut tenter sérieusement de replacer les gestes du policier dans leur contexte et de voir ce qui les a rendus possibles.